Le réveil de l’automate

C’est un de ces soirs ou le coeur vous écrase quand la lune est lointaine et le silence épais.

C’est La nuit qui m’enlace jusqu’au petit matin tout autant qu’elle m’oppresse.

J’aimerais à cet instant partager mes rêves, me blottir dans les bras d’un homme. Il serait joyeux et rassurant, simplement confiant, terriblement attirant. Nous pourrions prendre soin l’un de l’autre et dans un éclat de rire traverser le temps.

La vie n’est pas si sérieuse pour qui sait l’essentiel. Elle s’évanouit comme le pétale de la rose en un claquement de vent. Elle aura distillé sur son passage le parfum d’un être, figé son attitude, une expression, le son d’une voix, le lien.

Pour le moment, c’est dans ce grand lit froid que je tente de me reposer, de rafraîchir ma tête et d’aligner les battements de mon coeur à ma respiration.

J’espère simplement dormir. Arrêter le flux de mes pensées, la coulée des émotions, juste reposer mon corps.

Être, demain.

Un nouveau réveil, un automate tout neuf s’attachant à sa tâche, y consacrant son intérêt et éteindre le moindre petit balbutiement du coeur.Pourquoi vouloir l’étouffer me direz-vous? C’est d’entendre la raison et la peur mais également l’amour quand le chemin est impasse.

Le sommeil me happe m’entraînant dans sa profondeur. Dans ces heures manichéennes où l’ombre devine la lumière, les angoisses dansent et prennent forme. Elles renaissent à l’esprit, devenant palpables dans l’espace, l’une en cachant une autre, inlassablement.

« Il est peut être temps de les apprivoiser », me disais-je ; »de les sonder et d’avoir le courage de les observer ». Alors on y va, petit soldat! car tu sais que pour avancer, il est inutile de dissimuler ses émotions sous le tapis de l’oubli ou du masque. Un jour ou l’autre, lorsque les défenses s’inclinent, l’automate se désarticule de toute sa vulnérabilité, les peurs se grossissent et envahissent l’espace pour mieux l’absorber.

Il faut du courage pour être authentique à soi.

Finalement la tâche n’aura pas été si ardue et la nuit douce et réparatrice comme le mercurhocrome rouge sur le genoux égratigné.

Je me lève à chaque nouveau réveil avec l’élan et la hâte de poser le pied au sol. La soif des tartines de pain grillé, l’enivrement au chocolat chaud Van Houten sont mes douceurs de Proust.

Le ciel se pâme de nuances rosées et grises, la brume reflète sa fumée sur les eaux. La délicatesse du teint trop pâle et des tâches de printemps rendent toute l’innocence à la petite fille que j’étais, sereine et joyeuse.

La nuit à dissipé ses ombres offrant son matin clair à l’enfant, à la femme.

J’allume vos envies

D’une infinie clarté

Et saisis de vos nuits

Toute l’immensité

Carole HERSENT

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Je vous donne rendez-vous

La lune était pleine ce soir et distillait de sa lumière , juste ce qu’il fallait pour que l’on en devine les contours de la pièce, ses nuances, son intérieur.

En s’approchant de la vitre, Roxane contemplait l’eau et les reflets d’un ciel peu chargé qui offraient de nombreuses variantes aux nuages. Elle aimait s’attarder à la contemplation, écouter son souffle paisible, calme comme les eaux du canal.

Elle s’attachait à l’expertise de son intériorité. Que ressentait-elle dans ce moment de vide, qui pourtant n’était jamais plus rempli de sa vie?

Ces moments de solitude sont essentiels pour recharger les rêves de nos matins frileux.

C’était bientôt le 31 décembre, une nouvelle année offrirait ses promesses et sa respiration.

Roxane se sentait pleine comme l’astre qui l’attirait vers lui.

Dans les moindres recoins de son être fourmillait la vie.

Le bonheur résulte parfois de cette accumulation de petits riens et de cette conscience d’être présent à l’instant, vivant.

Sentir simplement le cours du sang circuler dans les veines, la chaleur et la brûlure du coeur.

Les vibrations du corps sans manque ni besoin, pas même la souffrance, sont cadeaux.

Être, exister dans ce moment de paix quand tout s’anime dehors;garder alors la conscience naturelle de son souffle.

« Tout fonctionne en moi » pensait-elle.

Cette année s’était déroulée si vite. Irrégulière, comme un accordéon tantôt retenant les élans, pour mieux les laisser s’épanouir ou s’évanouir. La vie est élastique.

Quand certains évoquent leur peur de vieillir, Roxane apprécie le luxe de vivre encore.

Il se posait toujours en elle la question de l’urgence de vivre, de s’accomplir; une obsession presque dans la quête du temps. Elle pensait qu’elle n’aurait jamais assez d’une vie pour faire tout ce qu’elle avait à faire, jamais assez d’années pour accomplir ses projets, pas assez de journées pour aimer…

Il était temps sous ce clair de lune de se poser les bonnes questions, de lâcher prise. Elle s’amusait de cette expression à la mode et peut-être un peu juste.

Être pleinement dans l’instant comme cette lune ce soir.

Roxane s’ordonnait de se libérer des peurs et des contraintes, des règles inculquées, qui souvent ne sont que de simples réassurances.

Cette année passée était l’une de celles épargnées des drames de l’existence, riches de rêves, de rencontres et de joie.

Dans une seconde un jour

Promesses d’éternité

Dans nos nuits et nos rêves

En seuls instants de trêve

Je vous donne rendez-vous

Carole HERSENT

La grande roue

J’écris le matin pour rompre le silence et dissiper les peurs. Quand dans le clair obscur, les ombres se balancent, l’air sur ma peau fine caresse tous mes manques. Mes pieds ont la chaleur d’un sommeil de plomb.

Mon enfant avait pris la place dans le grand lit d’un éventuel amour. Son souffle d’innocence respirait le bonheur et les rêves de brumes… nous avions dressé le sapin synthétique et décoré l’appartement des restes d’une vie passée, de noëls familiaux où tous les pions respectaient leur place.

Le parent célibataire crée d’autres liens avec son enfant. Beaucoup auront à redire sur la manière d’éduquer ou sur une normalité érigée telle une règle. Apres 4 ans de séparation, il faudrait « refaire sa vie », cela serait plus rassurant, pas pour moi non, pour les autres.

Je pensais à un contre-sens, la vie n’est à pas refaire, elle reste à dérouler sans rien renier et tout à espérer.

Sans m’attarder sur ces propos, je savourais plutôt ce petit pied qui frôlait le mien m’offrant tout son amour et sa joie lumineuse. Je nous permettais de dormir ensemble parfois le samedi soir sans créer l’habitude. Nous nous ressourcions dans ces instants précieux d’amour à l’état pur, chassant le manque de l’autre d’une semaine sur deux. S’il n’est pas naturel d’être séparé ainsi à 4 ans, à 8 ans de sa mère, j’espérais au moins en limiter la blessure.

Le bonheur etait limpide et palpable. De sa petite voix chaude il murmurait à mon oreille: « dans le pays des doubles morts je t’aimerai encore ».

Sous la couette et bien au chaud , nos coeurs entremêlés inspectaient les nuages nous offrant tour à tour le dessin d’un dragon ou d’une étoile. La lumière de nos matins n’avait d’échos que la clarté de nos coeurs.

Cet après-midi, nous irons frissonner dans la grande roue qui trônait devant la mairie les mois de décembre. Emmitouflés dans nos manteaux, nous prendrons l’altitude nécessaire, admirerons notre jolie ville empreinte de notre histoire. En serrant sa main dans la mienne, nous savourerons l’instant la perspective d’un avenir reliés. Les lueurs du soir attraperons nos rêves, les figeant dans nos mémoires.

Au troisième tour de la grande roue, le froid se fait plus saisissant. La nuit est tombée sur la ville et sur nos âmes, il est temps de rentrer.

Carole Hersent

L’heure d’aller danser

Il n’était pas tout à fait facile de presser le pas pour aller à la rencontre d’inconnus. Ma vie était devenue enfermement, cloisonnement, habitudes.

Je l’aimais pourtant cette vie! son caractère rassurant et occupé traduisait une vie socialement bien remplie. Je pouvais me réjouir et m’en satisfaire: tout ou presque était en place.

Les autres m’offraient ce cadeau d’un regard respectueux. Si je ne possédais pas grand chose aux yeux de la société matérielle( et c’est bien relatif!), je disposais du tout.

En effet, J’avais cette joyeuse conscience de développer mon intime richesse. Elle circulait jusqu’à ébullition dans mes veines comme un vin chaud qui désaltère et permet d’aller plus loin.

Cette sensation était toujours aussi fluide et passionnée, peut- être encore plus intense après les épreuves. Contrastant avec le froid de l’hiver, ma température interne était de chaleur confortable. J’écoutais mes talons qui claquaient sur les trottoirs humides de ma ville natale, apprenant le silence intérieur.

Etre pressée était devenu une identité! Je me rendais à l’évidence, je n’autorisais pas le moindre espace à l’imprévu, à la détente ou pire encore à la réflexion.Je me robotisais toute seule sans réfléchir aux conséquences.

Je sentis alors cette fine pluie délicate sur ma joue, comme un air de vie à l’état pur. Le souffle du vent me caressait la nuque juste à l’endroit où le baiser se pose. Le baiser délicat, le baiser du frisson qui permet l’abandon en une fraction de seconde, un de mes préférés.

Ma vie était devenue trop étriquée pour mes rêves, mes envies, mes espoirs. L’élan puissant qui m’habitait me donnait la confiance généreuse et nécessaire pour abattre les portes, les préjugés, les limites et les peurs.

Vivre à l’état brut. S’autoriser à sortir de nos cases et de nos habitudes insidieusement instaurées par le temps.

Le matin se vivait aux couleurs boréales. J’en admirais les nuances, noires et fumées et les nuages oranges s’étiraient dans le ciel jusqu’aux toits du village voisin.

Oū es tu? Partout possiblement et surtout en mon coeur. Tu me manques tant.

Voila ce que ces instants de vide permettent de sonder. Les défenses sont bien faites quand il s’agit de supporter l’insupportable.

Ce soir, je portais ma petite robe blanche et mon perfecto noir. Tu m’aurais trouvée jolie. L’éclat de timides perles me voulait plus coquette. Mon visage s’habillait du sourire des vivants. Faisant fi de mes peurs pour occuper l’espace, je vivais l’imprévisible instant.

La porte était bien lourde quand une main masculine et sure m’aida à la pousser. Ce lieu ordinaire abritait le secret d’âmes disposées à aimer.

C’est l’heure d’aller danser.

J’allume vos envies

D’une infinie clarté

Et saisis de vos nuits

Toute l’immensité

Carole Hersent

De la lumière dans l’attente

« Maman,

Je t aime chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque semaine, chaque mois, chaque année, chaque siecle. Je t’aimais déjà avant ta naissance et mon amour ne fait que grandir, tu vois, on ne peut pas t’aimer plus que moi je t’aime. »

Raphaël, 8 ans: le 5/11/2018

Les derniers instants de l’attente étaient les plus longs. Le temps étirait les secondes se jouant de mon impatience à enfin les retrouver.

Chaque dimanche soir était une déchirure, et le dimanche suivant une attente, un espoir, celui de notre rendez-vous.

J’avais pris soin de tout nettoyer, les chambres étaient propres et ordonnées, le salon accueillant, tamisé de bougies. J’allumais la télé qui revivait également lorsque les cris des enfants s’animaient dans l’appartement.

Les crêpes reposaient sur la gaziniere n’attendant plus que les bouches voraces et les

chamailleries à qui se servirait le plus de pâte à tartiner.

Ce qu’aucun homme n’avait réussi à faire de moi c’est à dire, une femme d’intérieur, je m’y pliais avec bonheur pour le plaisir de mes enfants.

J’avais même disposé quelques babioles sur leurs lits signifiant à chacun: » Vois comme j’ai pensé à toi. »

Je voulais que nos dimanches soirs aient le goût de la fête et de nos retrouvailles.

Il faut dire que nous vivons une époque particulière. Les séparations tissent d’autres liens et l’intelligence du coeur nous fait parfois défaut. A chacun de passer outre son orgueil, ses blessures afin d’atténuer les souffrances des enfants ballotés d’un univers à l’autre, toujours en manque d’un de leur parent. On pourrait en blâmer l’un plus que l’autre. Mais ce ne serait pas à propos.

Je balayais un peu de fraîcheur sur mes joues dissipant la poudre et la douceur à l’aide d’un gros pinceau. Je songeais alors à la nécessité d’y retrouver ma responsabilité dans mon attitude, mes mots, mes actes.

Dans ce manque de la moitié du temps, la vie nous apprend à rester humble: »Quand mon enfant aura 12 ans, je n’aurais été à ses côtés que 6 années de sa vie. »pensais-je, meurtrie, privée d’une liberté d’être comme si la vie nous avait kidnappé les uns aux autres.

Entre les boucles enfantines et le rire éclatant de nos innocences, j’ai compris la présence en l’absence d’eux à moi, de moi à eux.

Nos enfants ne nous appartiennent pas, certes, mais quelle déchirure que cette privation viscérale qui découle d’une séparation qui pour autant, était sans aucun doute, l’unique alternative. Comme une famille sur deux de divorcés, il fallait s’accommoder de cette situation, se repositionner, apprendre encore et encore à repousser ses limites.

Creuser la bienveillance et agrandir l’amour, faire jaillir la lumière.

En apprenant la patience, je m’appliquais à faire une peau de chagrin de la peine.

Les lieux communs sont rassurants pour ceux qui cherchent à vous réconforter: nous avons chacun le temps désormais de prendre du temps pour soi!

En vérité, et ce sera juste la mienne, les épreuves font tomber les barrières et les masques. Il ne reste plus que l’amour, à cultiver, à déployer.

En contemplant la photographie de mes enfants petits, magnifiques chérubins confiants en l’adulte, le temps s ‘étire au parfum de l’amour.

Seul le coeur raisonne au retentissement de la sonnerie de l’interphone. C’est le moment, ils sont là. C’est la joie!

Vivement que ta tête sur mon coeur respire

Et nos dimanches empruntent leurs airs de retrouvailles

Peu importe le passé, ce que hurlent les vents

Le manque s’est arrêté sous la bise de l’enfant

Carole hersent

En traversant le temps

Je respirais l’air frais et le soleil disposait de cette lumière des matins doux de l’automne. Les saisons s’éteignaient et ma vie défilait alors que j’aurais aimé la suspendre quelques instants encore.

Je marchais doucement sur les pavés de mon passé, presque religieusement. L’exercice périlleux testait mes chevilles trop fragiles et mon tempérament pressé. Il me fallait sans cesse me contenir! »Ralentis « :me disais-je, « profite, respire, vis…arrête toi donc de courir, après quoi, après qui? »Cette manière de remplir chaque seconde de mon existence était surement une fuite: aimer, donner, agir, partager, accomplir!

Ne pas laisser une miette de vie inutile, perdue, gâchée par une dispute inconséquente ou une dissonance avec ma sensibilité. Peut- être devrais je même évoquer, avec mon âme. Adorer cette vie, la chérir puisqu’elle était entre mes mains!Comme si le temps m’était compté, comme si c’était un luxe de chaque jour de découvrir la lumière, consciente de respirer. Qu’allait-il donc m’arriver aujourd’hui? Quelles rencontres? Quelles surprises?

Soumis aux tracas du quotidien, on n’oublie si souvent la précieuse vie, quand on jouit d’une pleine santé, riche d’expériences et de projets.

Je n’étais pas si vieille et j’avais l’impression d’avoir vécu cent ans tout en étant animée d’une fougue adolescente. Cette contradiction devait bien sûr cohabiter dans tout mon être lui ordonnant une urgence de vivre. Je me tenais bien droite, fière d’avoir bravé toutes les tempêtes et d’avoir fait le nid à une certaine sérénité.

Peut-être que le temps avait cessé d’être le même que pour beaucoup d’autres personnes, ce 21 septembre à 7h55 lorsque J’avais entendu son dernier souffle. Etait-ce possible qu’il puisse faire son grand voyage en douceur? Je ne le crois pas et cela reste ma plus vive douleur. C’était donc la seule chose à 7h56 qui m’importait: le laisser partir, s’évanouir , l’autoriser à nous quitter pour arrêter de souffrir.

Ainsi moi, sa petite Sœur, de deux et demi sa cadette, j’étais en vie. J’avais 34 ans et il allait falloir réussir à vivre sans lui le reste de mes jours.

Aujourd’hui dans ces ruelles étriquées et sur les vieux pavés c’est probablement pourquoi , mes pas ralentissaient. Car c’était bel et bien cette fuite pour ne pas penser, l’illusion de souffrir moins, la nécessité d’honorer être en vie et de pouvoir vieillir!Aujourd’hui, je respire et j’entends à nouveau l’air et la joie. Je distingue même les pas de ma mère, petite brune nattée de volonté qui courrait les pavés serrant la main de sa mémé chérie, ferme et tendre, rude et essentielle. Dans les jardins de Christian Dior, ç’est mon cher grand-père enfant que je ressens courir en petit homme intrépide et sensible puis en jeune homme délicat courtisant ma grand-mère, habités tous deux de cette grâce éclatante.

L’air de Granville a quelque chose d’indéfinissable. Chaque recoin de la ville est merveille ressourçante.Toute une partie de ma famille l’habite encore. À travers l’air, l’horizon, les flots qui se cassent sur les falaises, la piscine de mer, la lumière, les pavés.

Des hauteurs des collines au cimetière de la mer, mes pas et mon coeur chavirent sur le Plat gousset.

Et tous nos êtres chers

Tant qu’ils sont bien vivants

Appartiennent au tableau

Qui traverse le temps

Carole Hersent