Aérienne

Si mon coeur fait naufrage

Si je deviens sirène

Vous êtes mon point d’encrage

Quand je suis aérienne

Carole HERSENT

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L’empreinte

je regarde mes 17 ans.

Et la photographie s’anime.

Il n’est que trop banal de vous dire que la vie a passé si vite…

Si le visage s’est creusé des sillons de mes rires et de mes blessures, l’essence intérieure est intacte et c’est ce qui m’étonne le plus.

Pouvez-vous fermer les yeux un instant et traverser le chemin et les couleurs de votre âme?

C’est troublant comme le souvenir de l’état intérieur dans lequel je me trouvais ce matin d’août à Dubrovnik reste vivant.

Je portais ma marinière préférée et mes sandalettes marrons déjà bien usées. Je crois que mes cheveux n’ont jamais été aussi longs.

Il faisait lourd mais un vent délicat rendait le climat supportable.

Dubrovnik était en paix.

Je faisais attention à ne pas me fouler les chevilles, déjà fragiles, sur les pavés irréguliers de la ville.

Nous avions eu le droit de nous doucher dans le camping-car, après un plein d’eau salvateur. Ma mère était belle et j’aimais la tenir par le bras. Mon frère portait son polo des vacances et ses yeux n’en paraissaient que plus verts. Il souriait d’envies et de découvertes. J’aimais ces voyages extraordinaires et sauvages, ces aventures incroyables que nous permettait de vivre mon grand-père et mon père, jusqu’aux portes de l’Asie.

Alors que j’accompagnais ma famille au restaurant, je songeais à l’habitant de mon coeur, en Normandie.

Je pensais que j’aimerai Philippe jusqu’à mon dernier souffle et avais gravé son prénom sur une fontaine d’Italie et sur les murets d’une plage de la Yougoslavie.

Je n’avais pas conscience de marcher dans ces rues fortes et fragiles.

Le monde qui m’habitait était celui d’une jeune fille, du présent, de l’amour.

Je me souviens que je me trouvais jolie, chose toute nouvelle pour moi.

La jeune femme apparaissait s’affirmant dans ses goûts et ses choix.

Finalement, cette essence n’a pas tellement changé…l’innocence à peine abîmée, renaît et rejaillit comme la joie, se renouvelle dans cette force quand bien même on la croyait détruite à tout jamais.

Et s’il ne reste plus d’hier

Que ton empreinte sur ma peau

Après les froids lambeaux d’hiver

La garderai précieuse au chaud

Du souffle pur jusqu’au printemps

La soulèverai au gré des vents

Et jusqu’au solstice d’été

Comme gardienne protègerai

Carole Hersent

LE CADEAU

L’air de rien et avec la gentillesse qui le caractérisait, il me fit un cadeau.

Je réalisais combien depuis toutes ces années, je n’en attendais plus. Peu à peu, j’avais appris à vivre seule et il m’était aussi facile de donner que difficile de recevoir et d’accueillir.
Ma réaction était ingrate car en y songeant, mon parcours était parsemé de cadeaux et d’attentions.

Les surprises de la vie sont toujours inespérées, aussi imprévisibles qu’inattendues, justes.

Colette avait l’âge d’être ma mère, elle rayonnait dans sa peinture et dans son sourire. Je ne la connaissais pas et pourtant… Elle fut une véritable cadeau.

Quant à elle, tout ce qu’elle savait de moi, émanait des confidences de mon frère sur notre amour. C’est ainsi que J’avais tout naturellement rendue visite à l’hôpital, à son époux gravement malade. IL portait une tendre affection à mon frère et une profonde admiration nourrie de réciprocité. Nous étions liés de cette tendresse.

Le vieil homme m’avait bouleversée et je m’étais attachée à lui offrir la seule chose dont je disposais, c’est à dire un peu de mon temps et mon sourire, un peu de vie. Ses proches pensaient qu’il ne savait rien du pronostic très sombre qui planait sur lui. Il avait l’élégance de leur permettre de le croire, de les rassurer sur l’impensable, il ne porterait pas cette douleur morale.

Dans les heures les plus sombres, la pudeur manifeste parfois le plus bel acte d’amour. Nous étions complices de cette intimité, intenses dans cette authenticité. Les espaces se relient dans ces moments purs où la vie se dessine quand les âmes chantent.

Colette m’avait annoncé le grand voyage de son époux, Elle avait décidé de se libérer de leur passé. Elle me savait dans une situation délicate et je résistais encore à accueillir. Nous étions à l’aube du printemps, c’était aussi l’heure d’un grand départ pour moi quand je reçus ces quelques mots : « Jane, quand on a donné de l’amour et de l’attention toute sa vie, c’est bien naturel de les recevoir en retour ».

La jolie dame avait dissipé mes ombres pour y faire pénétrer la lumière.
Depuis, j’ai reçu de magnifiques présents, des attentions, de l’aide par des amis ou de simples connaissances, je les appelle mes élégances. Chacun d’eux a allumé mon chemin.

Rien n’est plus beau que le don. C’est aussi faire preuve de résistance que de donner à ceux qui ont besoin. On alimente ainsi le cycle de la vie.

Aujourd’hui je voulais remercier ce jeune homme. C’était tout à fait normal et habituel pour lui de rendre service et d’offrir son aide aux autres. Bien au-delà, il m’offrait à nouveau cette confiance qui s’était égrenée au fil des années.

Bien plus que des mots, l’attitude de l’autre nous permets de grandir.

Entrer en demeure
En soi, ouvrir les portes
C’est le temps d’aimer

Carole HERSENT

Nos dimanches

Vivement que ta tête sur mon coeur respire

Et nos dimanches empruntent leur air de retrouvaille

Peu importe le passé

Ce que hurlent les vents

Le manque s’est arrêté sous la bise de l’enfant.

Carole Hersent

La nuque

Le frôlement de sa main sur la nuque lui rappelait sa présence.

Les bottines de Marthe s’enfonçaient dans le crissement gracieux de la neige fraîche et épaisse.

Le ciel s’était allumé de plumes dès le matin, et les flocons enlaçaient les nuage bas et blanchis qui recouvraient la plaine.

On ne distinguait plus à l’horizon le ciel de la terre . Ils s’évanouissaient dans un même terrain de jeux. Chaque pas devenait une décision de modifier le tableau blanc.

La neige allume nos âmes d’enfant.

La manière de recevoir une caresse connecte un individu a l’autre. Le toucher est peut-être l’un des sens qui vous encre le plus au coeur de la vie.

Tandis que les flocons s’évanouissaient sur le visage de Marthe, tout Lui semblait infini.

Le frisson habite le coeur jusqu’à l’ indicible joie.

« Mon amour, comment puis-je t’appeler autrement?  »

le geste répété, anodin et sensible comme un effleurement machinal traduisait de leur relation.

La tendresse est cette attention de prendre soin de l’autre, habité de sa présence.

Tandis que sa main se jouait de sa nuque, la caresse douce et facile était libérée d’une attente plus intime . Lui comme elle pouvaient en décider autrement, dans une simple intention donnée au geste, au regard, au souffle.

Nuque dégagée

La promesse du baiser

Vos lèvres en disposent

Carole HERSENT

Le réveil de l’automate

C’est un de ces soirs ou le coeur vous écrase quand la lune est lointaine et le silence épais.

C’est La nuit qui m’enlace jusqu’au petit matin tout autant qu’elle m’oppresse.

J’aimerais à cet instant partager mes rêves, me blottir dans les bras d’un homme. Il serait joyeux et rassurant, simplement confiant, terriblement attirant. Nous pourrions prendre soin l’un de l’autre et dans un éclat de rire traverser le temps.

La vie n’est pas si sérieuse pour qui sait l’essentiel. Elle s’évanouit comme le pétale de la rose en un claquement de vent. Elle aura distillé sur son passage le parfum d’un être, figé son attitude, une expression, le son d’une voix, le lien.

Pour le moment, c’est dans ce grand lit froid que je tente de me reposer, de rafraîchir ma tête et d’aligner les battements de mon coeur à ma respiration.

J’espère simplement dormir. Arrêter le flux de mes pensées, la coulée des émotions, juste reposer mon corps.

Être, demain.

Un nouveau réveil, un automate tout neuf s’attachant à sa tâche, y consacrant son intérêt et éteindre le moindre petit balbutiement du coeur.Pourquoi vouloir l’étouffer me direz-vous? C’est d’entendre la raison et la peur mais également l’amour quand le chemin est impasse.

Le sommeil me happe m’entraînant dans sa profondeur. Dans ces heures manichéennes où l’ombre devine la lumière, les angoisses dansent et prennent forme. Elles renaissent à l’esprit, devenant palpables dans l’espace, l’une en cachant une autre, inlassablement.

« Il est peut être temps de les apprivoiser », me disais-je ; »de les sonder et d’avoir le courage de les observer ». Alors on y va, petit soldat! car tu sais que pour avancer, il est inutile de dissimuler ses émotions sous le tapis de l’oubli ou du masque. Un jour ou l’autre, lorsque les défenses s’inclinent, l’automate se désarticule de toute sa vulnérabilité, les peurs se grossissent et envahissent l’espace pour mieux l’absorber.

Il faut du courage pour être authentique à soi.

Finalement la tâche n’aura pas été si ardue et la nuit douce et réparatrice comme le mercurhocrome rouge sur le genoux égratigné.

Je me lève à chaque nouveau réveil avec l’élan et la hâte de poser le pied au sol. La soif des tartines de pain grillé, l’enivrement au chocolat chaud Van Houten sont mes douceurs de Proust.

Le ciel se pâme de nuances rosées et grises, la brume reflète sa fumée sur les eaux. La délicatesse du teint trop pâle et des tâches de printemps rendent toute l’innocence à la petite fille que j’étais, sereine et joyeuse.

La nuit à dissipé ses ombres offrant son matin clair à l’enfant, à la femme.

J’allume vos envies

D’une infinie clarté

Et saisis de vos nuits

Toute l’immensité

Carole HERSENT