Entrer en demeure

Qu’est- ce qui définit l’attirance: est- ce un sentiment, une inclination?

C’est uniquement dans le ressenti que je me suis aperçue que cet homme m’attirait.

Il avait quelque chose que j’aimais sans pour autant savoir le définir. Il portait mal ce pantalon trop grand et son allure longue et maigre, juvénile même, lui donnait un air adolescent à l’âge où les sillons creusaient déjà ses joues et que des cheveux blancs se devinaient sur ses tempes.

Cela n’apportait aucunement un caractère séduisant, c’était tout juste rebutant et à la fois attendrissant.

Alors peut être était-ce la clef de l’attirance? Attendrir, amoindrir, faire de la pâte à chewing-gum de toutes ces barrières rigides que je m’étais forgées ; elles s’étaient érigées autour de ma personne pour me protéger des hommes, au fil des années.

M’attendrir afin que je baisse ma garde, me ramollir jusqu’au coeur pour mieux y distiller son sel, par petites pincées.

Il n’avait rien de ces hommes élégants qui se parent de leurs plus beaux atouts : chemise, montre, veste ajustée, barbe maîtrisée et regard enjôleur.

Cet homme mal fagoté, avait une présence. Il semblait être l’habitant d’un mystère qui ébréchait mon coeur. Une curiosité qui correspondait à ma couleur intérieure.

Je supposais que personne ne me voyait, mais je l’épiais du coin de l’œil . J’avais juste cette envie irrésistible de le regarder, de le découvrir, d’entrer en sa demeure, de comprendre ses gestes, de mimer son sourire. Je voulais le saisir, l’esquisser, et ces moments furtifs prenaient un goût joyeux à s’attarder.

Tandis que je devinais son sourire, son regard avait déjà croisé le mien. Un quart de seconde avait suffit pour comprendre que nous nous plaisions.

Comme si les mots n’étaient pas nécessaires, comme si tout cela se passait de langage audible.

Rien n’était dit, rien n’était fait. Le rien comprenait le tout. Tout était dit dans le silence.

Je crois qu’il y a quelque chose de l’ordre de la reconnaissance dans l’attirance. Cette inclination devenait peu à peu une inclinaison à pencher ma tête contre cet inconnu, à l’abandon.

Pourtant, je ne connaissais ni son âge, ni son nom, ni son métier. Je ne connaissais rien de son identité civile. J’avais juste perçu l’intime, la joie, la présence, son intériorité.

Entrer en demeure

En soi ouvrir les portes

C’est le temps d’aimer

Carole Hersent

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