De la lumière dans l’attente

« Maman,

Je t aime chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque semaine, chaque mois, chaque année, chaque siecle. Je t’aimais déjà avant ta naissance et mon amour ne fait que grandir, tu vois, on ne peut pas t’aimer plus que moi je t’aime. »

Raphaël, 8 ans: le 5/11/2018

Les derniers instants de l’attente étaient les plus longs. Le temps étirait les secondes se jouant de mon impatience à enfin les retrouver.

Chaque dimanche soir était une déchirure, et le dimanche suivant une attente, un espoir, celui de notre rendez-vous.

J’avais pris soin de tout nettoyer, les chambres étaient propres et ordonnées, le salon accueillant, tamisé de bougies. J’allumais la télé qui revivait également lorsque les cris des enfants s’animaient dans l’appartement.

Les crêpes reposaient sur la gaziniere n’attendant plus que les bouches voraces et les

chamailleries à qui se servirait le plus de pâte à tartiner.

Ce qu’aucun homme n’avait réussi à faire de moi c’est à dire, une femme d’intérieur, je m’y pliais avec bonheur pour le plaisir de mes enfants.

J’avais même disposé quelques babioles sur leurs lits signifiant à chacun: » Vois comme j’ai pensé à toi. »

Je voulais que nos dimanches soirs aient le goût de la fête et de nos retrouvailles.

Il faut dire que nous vivons une époque particulière. Les séparations tissent d’autres liens et l’intelligence du coeur nous fait parfois défaut. A chacun de passer outre son orgueil, ses blessures afin d’atténuer les souffrances des enfants ballotés d’un univers à l’autre, toujours en manque d’un de leur parent. On pourrait en blâmer l’un plus que l’autre. Mais ce ne serait pas à propos.

Je balayais un peu de fraîcheur sur mes joues dissipant la poudre et la douceur à l’aide d’un gros pinceau. Je songeais alors à la nécessité d’y retrouver ma responsabilité dans mon attitude, mes mots, mes actes.

Dans ce manque de la moitié du temps, la vie nous apprend à rester humble: »Quand mon enfant aura 12 ans, je n’aurais été à ses côtés que 6 années de sa vie. »pensais-je, meurtrie, privée d’une liberté d’être comme si la vie nous avait kidnappé les uns aux autres.

Entre les boucles enfantines et le rire éclatant de nos innocences, j’ai compris la présence en l’absence d’eux à moi, de moi à eux.

Nos enfants ne nous appartiennent pas, certes, mais quelle déchirure que cette privation viscérale qui découle d’une séparation qui pour autant, était sans aucun doute, l’unique alternative. Comme une famille sur deux de divorcés, il fallait s’accommoder de cette situation, se repositionner, apprendre encore et encore à repousser ses limites.

Creuser la bienveillance et agrandir l’amour, faire jaillir la lumière.

En apprenant la patience, je m’appliquais à faire une peau de chagrin de la peine.

Les lieux communs sont rassurants pour ceux qui cherchent à vous réconforter: nous avons chacun le temps désormais de prendre du temps pour soi!

En vérité, et ce sera juste la mienne, les épreuves font tomber les barrières et les masques. Il ne reste plus que l’amour, à cultiver, à déployer.

En contemplant la photographie de mes enfants petits, magnifiques chérubins confiants en l’adulte, le temps s ‘étire au parfum de l’amour.

Seul le coeur raisonne au retentissement de la sonnerie de l’interphone. C’est le moment, ils sont là. C’est la joie!

Vivement que ta tête sur mon coeur respire

Et nos dimanches empruntent leurs airs de retrouvailles

Peu importe le passé, ce que hurlent les vents

Le manque s’est arrêté sous la bise de l’enfant

Carole hersent

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