L’heure d’aller danser

Il n’était pas tout à fait facile de presser le pas pour aller à la rencontre d’inconnus. Ma vie était devenue enfermement, cloisonnement, habitudes.

Je l’aimais pourtant cette vie! son caractère rassurant et occupé traduisait une vie socialement bien remplie. Je pouvais me réjouir et m’en satisfaire: tout ou presque était en place.

Les autres m’offraient ce cadeau d’un regard respectueux. Si je ne possédais pas grand chose aux yeux de la société matérielle( et c’est bien relatif!), je disposais du tout.

En effet, J’avais cette joyeuse conscience de développer mon intime richesse. Elle circulait jusqu’à ébullition dans mes veines comme un vin chaud qui désaltère et permet d’aller plus loin.

Cette sensation était toujours aussi fluide et passionnée, peut- être encore plus intense après les épreuves. Contrastant avec le froid de l’hiver, ma température interne était de chaleur confortable. J’écoutais mes talons qui claquaient sur les trottoirs humides de ma ville natale, apprenant le silence intérieur.

Etre pressée était devenu une identité! Je me rendais à l’évidence, je n’autorisais pas le moindre espace à l’imprévu, à la détente ou pire encore à la réflexion.Je me robotisais toute seule sans réfléchir aux conséquences.

Je sentis alors cette fine pluie délicate sur ma joue, comme un air de vie à l’état pur. Le souffle du vent me caressait la nuque juste à l’endroit où le baiser se pose. Le baiser délicat, le baiser du frisson qui permet l’abandon en une fraction de seconde, un de mes préférés.

Ma vie était devenue trop étriquée pour mes rêves, mes envies, mes espoirs. L’élan puissant qui m’habitait me donnait la confiance généreuse et nécessaire pour abattre les portes, les préjugés, les limites et les peurs.

Vivre à l’état brut. S’autoriser à sortir de nos cases et de nos habitudes insidieusement instaurées par le temps.

Le matin se vivait aux couleurs boréales. J’en admirais les nuances, noires et fumées et les nuages oranges s’étiraient dans le ciel jusqu’aux toits du village voisin.

Oū es tu? Partout possiblement et surtout en mon coeur. Tu me manques tant.

Voila ce que ces instants de vide permettent de sonder. Les défenses sont bien faites quand il s’agit de supporter l’insupportable.

Ce soir, je portais ma petite robe blanche et mon perfecto noir. Tu m’aurais trouvée jolie. L’éclat de timides perles me voulait plus coquette. Mon visage s’habillait du sourire des vivants. Faisant fi de mes peurs pour occuper l’espace, je vivais l’imprévisible instant.

La porte était bien lourde quand une main masculine et sure m’aida à la pousser. Ce lieu ordinaire abritait le secret d’âmes disposées à aimer.

C’est l’heure d’aller danser.

J’allume vos envies

D’une infinie clarté

Et saisis de vos nuits

Toute l’immensité

Carole Hersent

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