La grande roue

J’écris le matin pour rompre le silence et dissiper les peurs. Quand dans le clair obscur, les ombres se balancent, l’air sur ma peau fine caresse tous mes manques. Mes pieds ont la chaleur d’un sommeil de plomb.

Mon enfant avait pris la place dans le grand lit d’un éventuel amour. Son souffle d’innocence respirait le bonheur et les rêves de brumes… nous avions dressé le sapin synthétique et décoré l’appartement des restes d’une vie passée, de noëls familiaux où tous les pions respectaient leur place.

Le parent célibataire crée d’autres liens avec son enfant. Beaucoup auront à redire sur la manière d’éduquer ou sur une normalité érigée telle une règle. Apres 4 ans de séparation, il faudrait « refaire sa vie », cela serait plus rassurant, pas pour moi non, pour les autres.

Je pensais à un contre-sens, la vie n’est à pas refaire, elle reste à dérouler sans rien renier et tout à espérer.

Sans m’attarder sur ces propos, je savourais plutôt ce petit pied qui frôlait le mien m’offrant tout son amour et sa joie lumineuse. Je nous permettais de dormir ensemble parfois le samedi soir sans créer l’habitude. Nous nous ressourcions dans ces instants précieux d’amour à l’état pur, chassant le manque de l’autre d’une semaine sur deux. S’il n’est pas naturel d’être séparé ainsi à 4 ans, à 8 ans de sa mère, j’espérais au moins en limiter la blessure.

Le bonheur etait limpide et palpable. De sa petite voix chaude il murmurait à mon oreille: « dans le pays des doubles morts je t’aimerai encore ».

Sous la couette et bien au chaud , nos coeurs entremêlés inspectaient les nuages nous offrant tour à tour le dessin d’un dragon ou d’une étoile. La lumière de nos matins n’avait d’échos que la clarté de nos coeurs.

Cet après-midi, nous irons frissonner dans la grande roue qui trônait devant la mairie les mois de décembre. Emmitouflés dans nos manteaux, nous prendrons l’altitude nécessaire, admirerons notre jolie ville empreinte de notre histoire. En serrant sa main dans la mienne, nous savourerons l’instant la perspective d’un avenir reliés. Les lueurs du soir attraperons nos rêves, les figeant dans nos mémoires.

Au troisième tour de la grande roue, le froid se fait plus saisissant. La nuit est tombée sur la ville et sur nos âmes, il est temps de rentrer.

Carole Hersent

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