LE CADEAU

L’air de rien et avec la gentillesse qui le caractérisait, il me fit un cadeau.

Je réalisais combien depuis toutes ces années, je n’en attendais plus. Peu à peu, j’avais appris à vivre seule et il m’était aussi facile de donner que difficile de recevoir et d’accueillir.
Ma réaction était ingrate car en y songeant, mon parcours était parsemé de cadeaux et d’attentions.

Les surprises de la vie sont toujours inespérées, aussi imprévisibles qu’inattendues, justes.

Colette avait l’âge d’être ma mère, elle rayonnait dans sa peinture et dans son sourire. Je ne la connaissais pas et pourtant… Elle fut une véritable cadeau.

Quant à elle, tout ce qu’elle savait de moi, émanait des confidences de mon frère sur notre amour. C’est ainsi que J’avais tout naturellement rendue visite à l’hôpital, à son époux gravement malade. IL portait une tendre affection à mon frère et une profonde admiration nourrie de réciprocité. Nous étions liés de cette tendresse.

Le vieil homme m’avait bouleversée et je m’étais attachée à lui offrir la seule chose dont je disposais, c’est à dire un peu de mon temps et mon sourire, un peu de vie. Ses proches pensaient qu’il ne savait rien du pronostic très sombre qui planait sur lui. Il avait l’élégance de leur permettre de le croire, de les rassurer sur l’impensable, il ne porterait pas cette douleur morale.

Dans les heures les plus sombres, la pudeur manifeste parfois le plus bel acte d’amour. Nous étions complices de cette intimité, intenses dans cette authenticité. Les espaces se relient dans ces moments purs où la vie se dessine quand les âmes chantent.

Colette m’avait annoncé le grand voyage de son époux, Elle avait décidé de se libérer de leur passé. Elle me savait dans une situation délicate et je résistais encore à accueillir. Nous étions à l’aube du printemps, c’était aussi l’heure d’un grand départ pour moi quand je reçus ces quelques mots : « Jane, quand on a donné de l’amour et de l’attention toute sa vie, c’est bien naturel de les recevoir en retour ».

La jolie dame avait dissipé mes ombres pour y faire pénétrer la lumière.
Depuis, j’ai reçu de magnifiques présents, des attentions, de l’aide par des amis ou de simples connaissances, je les appelle mes élégances. Chacun d’eux a allumé mon chemin.

Rien n’est plus beau que le don. C’est aussi faire preuve de résistance que de donner à ceux qui ont besoin. On alimente ainsi le cycle de la vie.

Aujourd’hui je voulais remercier ce jeune homme. C’était tout à fait normal et habituel pour lui de rendre service et d’offrir son aide aux autres. Bien au-delà, il m’offrait à nouveau cette confiance qui s’était égrenée au fil des années.

Bien plus que des mots, l’attitude de l’autre nous permets de grandir.

Entrer en demeure
En soi, ouvrir les portes
C’est le temps d’aimer

Carole HERSENT

Publicités