L’empreinte

je regarde mes 17 ans.

Et la photographie s’anime.

Il n’est que trop banal de vous dire que la vie a passé si vite…

Si le visage s’est creusé des sillons de mes rires et de mes blessures, l’essence intérieure est intacte et c’est ce qui m’étonne le plus.

Pouvez-vous fermer les yeux un instant et traverser le chemin et les couleurs de votre âme?

C’est troublant comme le souvenir de l’état intérieur dans lequel je me trouvais ce matin d’août à Dubrovnik reste vivant.

Je portais ma marinière préférée et mes sandalettes marrons déjà bien usées. Je crois que mes cheveux n’ont jamais été aussi longs.

Il faisait lourd mais un vent délicat rendait le climat supportable.

Dubrovnik était en paix.

Je faisais attention à ne pas me fouler les chevilles, déjà fragiles, sur les pavés irréguliers de la ville.

Nous avions eu le droit de nous doucher dans le camping-car, après un plein d’eau salvateur. Ma mère était belle et j’aimais la tenir par le bras. Mon frère portait son polo des vacances et ses yeux n’en paraissaient que plus verts. Il souriait d’envies et de découvertes. J’aimais ces voyages extraordinaires et sauvages, ces aventures incroyables que nous permettait de vivre mon grand-père et mon père, jusqu’aux portes de l’Asie.

Alors que j’accompagnais ma famille au restaurant, je songeais à l’habitant de mon coeur, en Normandie.

Je pensais que j’aimerai Philippe jusqu’à mon dernier souffle et avais gravé son prénom sur une fontaine d’Italie et sur les murets d’une plage de la Yougoslavie.

Je n’avais pas conscience de marcher dans ces rues fortes et fragiles.

Le monde qui m’habitait était celui d’une jeune fille, du présent, de l’amour.

Je me souviens que je me trouvais jolie, chose toute nouvelle pour moi.

La jeune femme apparaissait s’affirmant dans ses goûts et ses choix.

Finalement, cette essence n’a pas tellement changé…l’innocence à peine abîmée, renaît et rejaillit comme la joie, se renouvelle dans cette force quand bien même on la croyait détruite à tout jamais.

Et s’il ne reste plus d’hier

Que ton empreinte sur ma peau

Après les froids lambeaux d’hiver

La garderai précieuse au chaud

Du souffle pur jusqu’au printemps

La soulèverai au gré des vents

Et jusqu’au solstice d’été

Comme gardienne protègerai

Carole Hersent

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